Pour des logements solidaires à Bruxelles

Écrit le 22 Octobre 2018

Le constat du logement à Bruxelles et dans nombre d’autres grandes villes européennes est alarmant. D’un côté, les prix sont exorbitants, et de l’autre la qualité des logements les plus accessibles est assez médiocre. D’après l’enquête 2016 de l’observatoire des loyers, le loyer moyen à Bruxelles a augmenté de plus de 100€ en dix ans. Revenons sur un ensemble de mesures complémentaires les une aux autres qui peuvent contrer cette augmentation afin de permettre à tout un chacun d’avoir accès à un logement décent.

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Vers un encadrement des loyers

Les logements à Bruxelles sont régis par une grille de loyers qui indique le prix théorique d’un logement en fonction de ses caractéristiques (situation, superficie, nombre de pièces, etc.). Bien que cela soit un bon outil qui permet aussi bien aux propriétaires de pouvoir se caler sur un certain loyer, mais surtout aux locataires qui peuvent vérifier que le loyer payé ne soit pas trop élevé, le problème de cette grille de loyer est qu’elle n’est utile qu’à titre informatif, et ne peut pas être utilisée de façon contraignante pour les propriétaires. Un locataire qui se rend compte que son loyer est particulièrement élevé n’a donc aucun pouvoir. Il est donc primordial d’instaurer un encadrement des loyers à Bruxelles, comme cela se fait avec des résultats impressionnant dans nombres d’autres villes européennes (comme Paris ou Vienne à titre d’exemples).

Développons des coopératives d’habitat

Le concept de coopérative d’habitat n’est pas nouveau et a déjà eu un essor après les guerres mondiales. L’idée est qu’un ensemble de citoyens se regroupent pour gérer un bâtiment (sa construction, ses rénovations, sa location), et les louent généralement à prix coûtant (en moyenne 20% inférieur que le logement privé dans le cas de Vienne) à des particuliers ou associations en fonction de la finalité choisie par la coopérative. Cependant, cette forme d’habitats reste assez rarement utilisé en Belgique de nos jours notamment à cause du manque d’outil visant à les développer, contrairement à d’autres pays comme le Canada ou les États-Unis, les coopératives d’habitat bénéficient d’avantages par exemples en termes fiscaux.

Cataloguons les logement vides et abandonnés

Le nombre de logements vides ou abandonnés à Bruxelles est inconnu. Ce nombre est estimé grossièrement entre 15.000 et 30.000 logements, et plus récemment à 48.000. Il est à noter que laisser un logement inoccupé à Bruxelles sans le rendre disponible à la location est illégal. Cependant, si l’on ne sait pas où sont les logements vides, il n’est pas possible d’agir dessus afin qu’ils deviennent occupés. Il est donc primordial d’arriver à une méthode de détection des logements inoccupés ou abandonnés afin de pouvoir organiser des travaux de rénovation pour pouvoir loger nombre de personnes qui cherchent encore un logement à Bruxelles. Des initiatives populaires existent, mais le support des autorités est nécessaire.

Vers un renouveau des logements communaux

Le constat des logements sociaux à Bruxelles est assez alarmant : il existe environ 40.000 logements sociaux, et les listes d’attente contiennent plus de 44.000 personnes. Il faut aussi prendre en compte qu’environ 4.000 des logements sociaux sont inoccupés, le plus généralement pour des raisons d’insalubrité. Le concept de logement social à Bruxelles est trop souvent attribué dans la conscience collective à une population démunie, à des logements insalubres et insécures. À partir du moment où seulement 7% des foyers à Bruxelles peuvent vivre dans des logements sociaux pour cause de manque de logement, et où ces logements sont laissés à l’abandon par les services publics et regroupés dans des zones déjà défavorisées, la situation ne risque pas de s’améliorer. Il faudrait aller vers un concept de logement communal similaire à Vienne, où 50% des logements sont détenus par la commune. À partir du moment où l’offre de logement communal est suffisante, les conditions d’octroi de ces logements peuvent s’étendre à d’autres populations qui sont moins démunies mais souffrent de difficultés pour trouver un logement à Bruxelles (étudiants, jeunes travailleurs, …). Cela demande bien évidemment aux services publics de rénover dans un premier temps les logements sociaux actuels, et d’acquérir un ensemble d’autres logements à transformer en logements communaux.

Rénover plutôt que construire

Un élément important à creuser dans la lutte pour l’accès à un logement décent est la nécessité de construire des bâtiments neufs. Au vu du nombre de logements vides, et en considérant que le prix d’une rénovation (700€ par mètre carré) d’un logement est largement inférieure à celui d’une nouvelle construction (entre 1300€ et 1400€ par mètre carré), sans même prendre en compte le coût écologique de détruire des espaces libres pour les remplacer par des constructions, il est primordial de rénover le parc de logement Bruxellois avant de pousser à de nouvelles constructions. La question des nouvelles constructions est d’ailleurs à creuser plus loin : souhaite-t-on d’une ville toujours plus grandissante au détriment du bien-vivre ? Et comment gérer l’augmentation de la population sans - ou avec un nombre minime de - nouveaux logements ?

Des mesures complémentaires

Il est nécessaire de développer les différentes politiques traitées ici en même temps car elles se complètent l’une l’autre. S’il est nécessaire de produire 40.000 logements sociaux en plus à Bruxelles, le parc de logements inhabités pourrait être utile. L’encadrement des loyers va de paire avec un prix des loyers forcé à la baisse par les logements communaux et coopératifs, qui influencerait les logements privatifs.

Pour aller plus loin


Quentin est chercheur en informatique et en tant que citoyen bruxellois s'intéresse aux questions d'urbanisme et de mobilité.